En 1992, France Télécom lançait Itinéris, à une époque où posséder un téléphone mobile était encore un luxe. Trente-quatre ans plus tard, Orange met fin au réseau qui a accompagné la démocratisation du portable, des premiers SMS aux célèbres Nokia à touches. Ce mardi 20 octobre marque la dernière grande étape de cette extinction, avec 43 départements supplémentaires concernés.
La 2G n'a pourtant pas complètement disparu de France : quelques zones attendront encore décembre, et les autres opérateurs poursuivent leur propre calendrier de fermeture. Mais pour Orange, l'essentiel de la transition est désormais derrière lui.
De l'Itinéris de 1992 aux smartphones : 34 ans d'histoire s'achèvent
L'histoire commence en 1991, avec la première communication GSM sur un réseau public en Finlande. Cette nouvelle technologie marque la naissance de la deuxième génération de téléphonie mobile : la 2G.
Un an plus tard, France Télécom lance Itinéris. À l'époque, les téléphones sont encore encombrants, les communications coûteuses et les abonnements principalement réservés aux professionnels.
Le GSM va progressivement changer la donne. Les conversations deviennent numériques, les SMS font leur apparition et les appareils deviennent plus petits, plus légers et surtout plus accessibles. Le téléphone mobile commence à trouver sa place dans la vie quotidienne.
En 1997, Itinéris compte déjà plus d'un million d'abonnés, sur les 1,6 million d'utilisateurs de téléphones mobiles recensés en France. Quelques années plus tard, Orange prend le relais.
Puis tout s'accélère. La 3G ouvre la voie à l'Internet mobile, la 4G rend possible la généralisation de la vidéo et des applications gourmandes en données, avant l'arrivée de la 5G.
La 2G, elle, est restée en service pendant toutes ces évolutions. D'abord pour les anciens téléphones, puis pour de nombreux équipements connectés qui n'avaient pas besoin de débits importants.
Trente-cinq ans après les débuts mondiaux du GSM, cette technologie qui a accompagné l'essor de la téléphonie mobile arrive au terme de son histoire chez Orange.
La 2G d'Orange est coupée aujourd'hui dans les 43 derniers départements
Orange n'a pas coupé son réseau historique d'un seul coup. L'opérateur a commencé par plusieurs territoires du Sud-Ouest au printemps 2026, avant d'accélérer les fermetures à l'automne.
Après Nice le 22 septembre et 44 départements supplémentaires le 6 octobre, la dernière grande vague est programmée ce mardi 20 octobre.
Elle concerne notamment :
- Paris et sa proche banlieue,
- Lille
- Bordeaux
- Lyon
- Grenoble
- Rouen
Il reste toutefois une exception : dans certaines zones blanches réglementaires, la 2G d'Orange sera maintenue jusqu'à sa suppression définitive, prévue entre le 1er et le 15 décembre 2026.
Chez SFR et Bouygues Telecom, les réseaux 2G fonctionnent encore, mais leur extinction est également programmée d'ici la fin de l'année.
Quels équipements peuvent encore être concernés ?
Pour les utilisateurs d'un smartphone récent, cette fermeture ne devrait rien changer au quotidien. Les appareils compatibles s'appuient déjà sur les réseaux 4G et 5G, notamment grâce à la VoLTE pour les appels.
La situation est différente pour les équipements qui dépendent exclusivement de la 2G. Parmi eux :
- les anciens téléphones mobiles compatibles uniquement avec le GSM ;
- certaines alarmes et installations de télésurveillance ;
- des dispositifs de téléassistance ;
- des interphones, ascenseurs et autres équipements connectés anciens.
Ces appareils ne pourront plus communiquer sur le réseau 2G Orange une fois celui-ci coupé. Pour les systèmes de sécurité, un remplacement complet n'est toutefois pas toujours nécessaire : découvrez comment vérifier si votre alarme 2G/3G doit être remplacée.
Les abonnés Free Mobile sont également concernés lorsque leurs équipements dépendaient de l'itinérance 2G assurée par Orange.
Les téléphones compatibles 3G pourront, eux, continuer à utiliser cette technologie lorsque le réseau est disponible. Orange prévoit toutefois de fermer également son réseau 3G en 2028.
Pour connaître les échéances des différents opérateurs et les vérifications à effectuer sur vos équipements, consultez notre guide sur la fin des réseaux 2G et 3G en France.
Les fréquences de la 2G vont désormais servir aux réseaux plus modernes
La fermeture de la 2G ne signifie pas que ses fréquences vont disparaître. Au contraire, Orange pourra progressivement les réutiliser pour ses réseaux 4G et 5G.
Le GSM exploitait historiquement deux bandes de fréquences : les 900 et 1 800 MHz. Ces ressources radio sont précieuses, car le spectre disponible est limité. Les opérateurs cherchent donc à l'utiliser aussi efficacement que possible.
La bande 1 800 MHz est d'ailleurs déjà largement employée en 4G depuis plusieurs années. L'arrêt des dernières porteuses GSM peut permettre d'y récupérer des ressources supplémentaires.
Le cas des 900 MHz est particulièrement intéressant. Ces fréquences basses portent relativement loin et pénètrent mieux dans les bâtiments que les bandes plus élevées. Leur réutilisation en 4G, voire en 5G selon les choix techniques d'Orange, peut donc contribuer à optimiser les performances et la couverture du réseau.
Cela ne veut pas dire que les abonnés Orange vont automatiquement profiter d'un meilleur débit dès aujourd'hui.
La réaffectation des fréquences, appelée refarming, nécessite des adaptations techniques. Et une partie de la bande 900 MHz reste notamment utilisée par la 3G. Les ressources disponibles seront donc redistribuées progressivement, en fonction des besoins du réseau.
Le principal bénéfice est de pouvoir consacrer davantage de spectre et de moyens aux technologies que les abonnés utilisent aujourd'hui, plutôt que de continuer à entretenir plusieurs générations de réseaux en parallèle.
Vous pouvez déjà vérifier la couverture 4G et 5G des opérateurs à votre adresse grâce à notre outil. Il permet aussi de localiser les antennes à proximité, sans toutefois préjuger des gains futurs liés à la réaffectation des fréquences.
La fermeture des anciennes infrastructures doit aussi permettre à Orange de réduire la consommation énergétique de son réseau mobile. Une évolution logique alors que la 2G et la 3G réunies ne représentent plus qu'une fraction marginale du trafic de données mobiles.
Après la 2G, Orange regarde déjà vers la 6G et les satellites
Le calendrier offre un contraste étonnant. Orange ferme aujourd'hui une technologie née il y a 35 ans, alors que ses équipes travaillent déjà sur les réseaux qui pourraient équiper nos téléphones au cours de la prochaine décennie.
La 6G fait partie de ces projets. Attendue à l'horizon 2030, elle doit notamment permettre de concevoir des réseaux plus intelligents, plus économes en ressources et davantage intégrés aux technologies d'intelligence artificielle. Mais elle reste encore au stade de la recherche et de la normalisation. D'ailleurs, les opérateurs veulent éviter de reproduire avec la 6G les difficultés de transition rencontrées avec la 5G.
Autre piste explorée : les communications mobiles par satellite.
Et l'actualité est particulièrement bien choisie. Ce lundi 19 octobre, à la veille de la dernière grande coupure 2G, Orange a annoncé avec Deutsche Telekom, Telefónica et Vodafone une initiative commune autour des fréquences satellitaires européennes.
Les quatre opérateurs ont signé une lettre d'intention pour étudier une candidature à l'attribution de fréquences destinées aux communications mobiles par satellite.
L'objectif est notamment de développer le Direct-to-Device, une technologie qui pourrait permettre à des smartphones compatibles de communiquer directement avec des satellites, y compris dans certaines zones dépourvues de couverture mobile terrestre. Une évolution que nous avions déjà analysée dans notre dossier consacré à l'arrivée de la 5G par satellite et ses conséquences pour les opérateurs mobiles.
Ces futurs services utiliseraient des fréquences distinctes de celles libérées par la 2G. Et pour l'instant, il ne s'agit que d'un projet, sans attribution définitive de fréquences ni réseau commercial opérationnel.
Reste un symbole assez frappant : en 1992, France Télécom lançait Itinéris pour permettre aux Français de téléphoner loin de leur domicile. En 2026, Orange ferme ce réseau historique tout en préparant des téléphones capables, demain, de communiquer directement avec des satellites.