La 6G approche, mais les opérateurs ne veulent surtout pas refaire la même erreur qu'avec la 5G

Par La Rédaction DegroupTest publié le 13/09/2026 à 12h12

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On parle souvent de la 6G pour ses futurs records de débit ou les nouveaux usages qu'elle pourrait permettre. Mais à quelques années de son arrivée, les opérateurs ont une préoccupation beaucoup plus concrète : comment passer de la 5G à la 6G sans ajouter encore une couche de complexité à leurs réseaux ?

Deux techniciens télécoms effectuant une maintenance sur des antennes relais sur le toit d'un immeuble.

À quelques jours d'une nouvelle réunion du 3GPP, organisée du 14 au 18 septembre à Madrid, le NGMN a actualisé ses recommandations. Cette alliance internationale, qui réunit notamment de grands opérateurs télécoms, travaille à faire remonter leurs priorités dans l'évolution des réseaux mobiles.

Et leur message est assez clair : la 6G ne devra pas seulement être plus performante. Il faudra aussi qu'elle soit plus simple à déployer. Le scénario privilégié repose notamment sur le partage des ressources radio entre 5G et 6G afin d'organiser une transition progressive, moins fragmentée et plus facile à financer. Une piste encore à l'étude, dont les performances, la faisabilité et l'impact sur les équipements restent à démontrer.

Pour comprendre plus largement où en est cette prochaine génération de réseau, DegroupTest avait déjà fait le point sur ce que l'on sait aujourd'hui de la 6G.

Les opérateurs ont retenu une leçon du passage à la 5G

Cette prudence s'explique par le précédent de la 5G. Elle n'a pas remplacé brutalement la 4G. Les premiers réseaux ont été déployés en mode Non-Standalone : la partie radio 5G continuait de s'appuyer sur des éléments du réseau 4G.

La 5G Standalone, commercialisée notamment sous l'appellation 5G+ en France, a ensuite introduit un cœur de réseau entièrement 5G. Et cette transition reste très inégale selon les opérateurs : les mesures disponibles montrent que l'usage réel de la 5G Standalone demeure encore loin d'être généralisé.

Cette transition progressive a permis de lancer rapidement la nouvelle génération mobile. Mais elle a aussi multiplié les étapes : plusieurs architectures, plusieurs générations d'équipements et différents niveaux de services ont dû cohabiter.

Et cette transition n'est pas complètement achevée. Le déploiement et la couverture des réseaux 5G continuent eux aussi de varier fortement selon les opérateurs et les territoires.

Pour la 6G, le NGMN veut éviter de reproduire ce mille-feuille. L'objectif est de limiter suffisamment tôt le nombre de scénarios de migration et d'éviter une nouvelle fragmentation des terminaux, du réseau radio et du cœur de réseau.

Faire cohabiter la 5G et la 6G sur les mêmes fréquences

La piste privilégiée porte un nom particulièrement peu parlant : Multi-RAT Spectrum Sharing, ou MRSS.

Le principe est plus simple que son nom. Imaginez une autoroute utilisée aujourd'hui par la 5G. Plutôt que d'en construire immédiatement une deuxième réservée à la 6G, les deux générations pourraient partager les mêmes voies, avec de plus en plus de place accordée à la 6G au fil de son adoption.

Appliqué au réseau mobile, cela permettrait à un opérateur d'introduire la 6G sur des bandes de fréquences déjà utilisées par la 5G, puis de lui attribuer progressivement davantage de ressources.

Le NGMN considère aujourd'hui le MRSS comme la solution de référence à étudier pour cette migration. D'autres scénarios restent possibles, notamment le Dual Connectivity ou le Dual Stack, mais ils devront justifier la complexité supplémentaire qu'ils entraîneraient. Et surtout, le MRSS doit encore faire ses preuves.

Le partage des fréquences constitue aujourd'hui la piste privilégiée par les opérateurs réunis au sein du NGMN. Mais il reste à démontrer que cette solution sera suffisamment efficace et performante. Et elle ne règle qu'une partie du problème : l'industrie doit encore décider comment évoluera le cœur du réseau entre 5G et 6G.

La 4G et la 5G partageaient déjà des fréquences

L'idée n'est pas entièrement nouvelle. Lors du passage de la 4G à la 5G, les opérateurs ont déjà utilisé le Dynamic Spectrum Sharing, ou DSS, pour faire fonctionner les deux technologies sur une même bande de fréquences.

Sur le papier, le principe était séduisant : déployer plus rapidement la 5G sans devoir lui réserver immédiatement tout le spectre disponible.

Cette souplesse a cependant ses limites. Le partage des ressources peut réduire l'efficacité du réseau par rapport à une bande entièrement dédiée à la nouvelle technologie.

Le NGMN insiste donc sur un point : le futur MRSS devra faire mieux que le DSS utilisé pour la transition 4G-5G. Des travaux restent nécessaires pour améliorer ses performances et vérifier son fonctionnement avec les différents types de spectre FDD et TDD.

Les opérateurs ont donc une solution favorite. Pas encore une solution définitive.

Partager les fréquences ne résout qu'une partie du problème

La migration vers la 6G ne se joue pas uniquement sur les antennes et les fréquences. Une autre question doit être tranchée : que deviendra le cœur de réseau ?

Le passage à la 5G l'a montré. Le réseau radio peut évoluer sans que toute l'architecture change immédiatement. La 5G Non-Standalone s'appuyait encore sur des éléments de la 4G ; la 5G Standalone a ensuite nécessité un cœur de réseau entièrement 5G.

Pour la prochaine génération, l'industrie doit donc déterminer si le futur cœur 6G pourra évoluer directement à partir du 5G Core ou s'il faudra introduire une architecture plus distincte.

Ce choix sera loin d'être anodin. Une nouvelle architecture peut nécessiter de nouvelles fonctions dans le réseau, dans les équipements radio et dans les terminaux, avec davantage de complexité à exploiter et à maintenir.

C'est précisément le scénario que les opérateurs veulent cette fois anticiper suffisamment tôt.

Le vrai enjeu de la 6G pourrait être son coût

Derrière ces choix très techniques se cache finalement un problème beaucoup plus simple : combien coûtera le passage à la génération suivante ?

Pour choisir entre les différentes solutions techniques, les opérateurs veulent notamment regarder :

  • les performances et l'efficacité du réseau ;
  • les éventuels nouveaux équipements nécessaires ;
  • la faisabilité technique de la migration ;
  • le coût total de possession des infrastructures ;
  • la viabilité commerciale de chaque scénario.

Une technologie ne devra donc pas simplement être meilleure sur le papier. Il faudra aussi démontrer qu'elle vaut la peine d'être déployée à grande échelle.

Le mécanisme est assez direct : nouvelle architecture, nouveaux équipements ou logiciels, davantage de complexité… et potentiellement davantage de coûts.

C'est un changement de perspective intéressant alors que la communication autour de la 6G se concentre encore largement sur ses records technologiques.

La transition 5G-6G pourrait donc être très différente de la précédente

Le contraste résume assez bien l'ambition des opérateurs :

Passage 4G → 5GCe qu'ils veulent éviter avec la 6G
5G NSA encore dépendante de la 4GLimiter les architectures intermédiaires
DSS pour partager 4G et 5GDisposer d'un MRSS plus efficace
Arrivée ultérieure d'un cœur 5G SAClarifier suffisamment tôt le rôle du futur 6G Core
Plusieurs étapes de migrationRéduire la fragmentation
Investissements successifsRéutiliser autant que possible l'existant

Cela ne signifie pas que la 6G sera simple à déployer. Mais l'industrie cherche cette fois à intégrer la question de la migration dès la conception du standard, plutôt qu'à la traiter uniquement au moment du déploiement.

Il n'y aura probablement pas de « grand soir » de la 6G en 2030

Le calendrier commence néanmoins à se préciser.

  • La Release 21 du 3GPP doit apporter les premières spécifications normatives de la 6G, tout en poursuivant encore certains travaux liés à la 5G Advanced.
  • Le gel de la première étape est prévu en mars 2027, celui de l'architecture en juin 2028 et le gel fonctionnel en décembre 2028, avant une dernière étape technique prévue en mars 2029.
  • Les opérateurs réunis au sein du NGMN situent plutôt l'apparition commerciale des premières capacités 6G standardisées au début des années 2030.

Il ne faut donc probablement pas imaginer un jour précis où la 5G s'éteindra pour laisser apparaître une nouvelle icône sur tous les smartphones. Le scénario qui se dessine ressemble davantage à :

5G → 5G Advanced → coexistence 5G/6G → montée en puissance progressive de la 6G.

La prochaine révolution des réseaux mobiles pourrait ainsi être beaucoup moins spectaculaire qu'un nouveau record de débit. Si les opérateurs parviennent à leurs fins, la grande réussite de la 6G sera peut-être justement d'arriver sans obliger l'industrie à tout reconstruire une nouvelle fois.

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