Si vous vivez en Ariège (09), dans les montagnes des Hautes-Pyrénées (65) ou des Hautes-Alpes (05), vous êtes sans doute familiers avec le concept des zones blanches.
En France, plusieurs départements dans les massifs montagneux et les régions rurales peu denses sont touchés par le phénomène.
Pour le résumer simplement, le terme zone blanche fait référence aux territoires où l'accès à Internet est limité, voire inexistant.
Pour les habitants comme pour les professionnels, cette fracture technologique est un véritable frein : télétravail impossible, services administratifs inaccessibles, streaming impraticable… Le quotidien est ralenti par un simple manque de connexion.
Le satellite : la première grande réponse aux zones blanches…
Les progrès technologiques aidant, une solution commence à changer la donne : l’Internet par satellite.
Ce type de connexion se passe des réseaux terrestres et ne dépend pas d'un déploiement physique complexe. Une simple parabole suffit pour capter le signal envoyé depuis l’espace.
Starlink, le service de SpaceX, est l'un des acteurs les plus connus. Grâce à sa constellation de milliers de satellites en orbite basse, il propose des débits élevés, une latence réduite et une couverture quasi mondiale. Pour les foyers situés en zone blanche, c’est souvent la seule alternative réellement performante.
Mais d'autres initiatives existent, comme celle de OneWeb. La filiale du groupe français Eutelsat déploie sa propre constellation pour fournir une connectivité globale, notamment dans les régions les plus reculées.
Ces solutions permettent de réduire les zones non couvertes. Elles apparaissent comme indispensables pour l'inclusion numérique.
… Mais il ne suffit pas encore
La situation progresse. Mais, malgré ses atouts certains, le satellite n’est pas une solution parfaite.
Le coût du matériel reste élevé pour certains foyers, la latence peut encore être perceptible selon les usages, et les conditions météorologiques peuvent parfois perturber la réception.
De plus, même si les constellations se multiplient, elles ne peuvent pas toujours répondre à la demande de bande passante, notamment dans les zones très denses (saturation locale).
C’est pourquoi les acteurs du secteur cherchent déjà la prochaine étape : une technologie capable de compléter le satellite et d’offrir une couverture encore plus homogène.
L’Internet stratosphérique : la prochaine révolution ?
La nouvelle piste explorée par plusieurs entreprises et laboratoires est celle de l’Internet stratosphérique.
Le principe : utiliser des plateformes situées non pas dans l’espace, mais dans la stratosphère, à environ 20 km d’altitude. Ces plateformes peuvent prendre la forme de ballons, de drones solaires ou de pseudo-satellites (HAPS – High Altitude Platform Stations).
L’avantage est double :
- une altitude suffisamment élevée pour couvrir de vastes zones,
- mais suffisamment basse pour offrir une latence très faible et une connexion plus stable que celle du satellite.
Selon les premiers tests, cette technologie serait capable de fournir un débit supérieur à celui des constellations actuelles, tout en étant plus simple à déployer et à maintenir.
Les HAPS pourraient rester en vol plusieurs mois, alimentés par l’énergie solaire, et agir comme des antennes géantes flottant au-dessus des régions mal desservies.
Si cette nouvelle piste invite à l'optimisme, rappelons néanmoins qu'elle n'en est qu'à ses débuts. La phase expérimentale se poursuit pour le drone solaire Airbus Zéphyr, tandis que les projets Google Loon (des ballons) ont été abandonnés. Quant aux HAPS, aucun service commercial n'existe à ce jour.
Il faut donc rester prudent. Cependant, l'Internet stratosphérique pourrait représenter la prochaine grande avancée pour éliminer définitivement les zones blanches et offrir une couverture universelle, plus rapide et plus accessible.
Pierre Lacoste
Rédacteur référent box internet