Tout remonte à la tempête Nils des 12 et 13 février 2026. Depuis, le réseau de fibre optique FTTH (la fibre tirée jusqu'au domicile) du village est hors service, et la date de réparation a déjà été repoussée trois fois. Derrière ce cas local se profile une question qui va toucher de plus en plus de communes.
L'essentiel
- Ce qui se passe : 49 foyers et la mairie de Bouzon-Gellenave (Gers) sans fibre depuis le 1er avril 2026, soit 78 jours de coupure au 17 juin.
- Pourquoi c'est si long : un fourreau souterrain écrasé empêche de tirer le nouveau câble de 144 fibres ; il faut des travaux de génie civil, pas une simple intervention.
- Le contexte qui inquiète : l'ADSL est déjà coupé commercialement (31 janvier 2026) et le cuivre fermera d'ici 2030 ; en secours, il ne reste qu'une couverture mobile 3G/4G limitée, sans 5G.
Un fourreau écrasé empêche de rétablir la fibre
Selon un courrier du maire, les difficultés remontent à la tempête Nils, mi-février. Depuis, Gers Numérique a précisé l'origine du problème : un fourreau, la gaine souterraine qui protège les câbles, aurait été écrasé. Impossible, dans ces conditions, de tirer le nouveau câble de 144 fibres prévu pour remettre le réseau en service.
On n'est donc plus dans le dépannage classique, mais dans des travaux de génie civil (ouvrir, dégager puis remplacer la gaine enterrée), dont les délais se comptent en semaines, pas en heures, et dont la programmation dépend en plus d'autorisations de voirie. Pour comprendre comment ces conduites et ces points de raccordement structurent le très haut débit, notre guide de la fibre optique détaille le rôle de cette infrastructure souterraine.
Un réseau public, un opérateur tenu par contrat
Le réseau concerné a une autre particularité : il ne dépend pas directement d'un opérateur privé. Comme dans beaucoup de territoires ruraux, il s'agit d'un réseau d'initiative publique (RIP), financé par les collectivités. L'infrastructure appartient à Gers Numérique, son exploitation est assurée par Gers Fibre, et Orange intervient comme partenaire industriel chargé des réparations. Gers Numérique, qui a précisé les données de l'incident, recense de son côté 56 abonnés touchés.
Or les délais observés sont loin des engagements. Romain Gabrielli, directeur du Syndicat mixte Gers Numérique, rappelle les termes du contrat de délégation de service public : 90 % des pannes doivent être rétablies en moins de 10 jours ouvrés et 100 % en moins de 30 jours ouvrés. À Bouzon-Gellenave, le compteur dépasse désormais 78 jours, très au-delà du plafond contractuel.
À la mairie, des reports en série et un ras-le-bol
Dans un courrier adressé au préfet du Gers publié et au président du conseil départemental (publié par le Journal du Gers), l'élu Bernard Volpato dénonce une situation « insupportable » : « Nous avons 49 abonnés sans fibre dont la mairie, personne ne daigne nous donner un délai pour les réparations, ce qui à ce jour est insupportable. »
Et les échéances reculent. Une remise en service était d'abord annoncée pour le 22 mai, puis pour le 12 juin. C'est désormais le 26 juin. « On nous mène en bateau », résume le Journal du Gers. En attendant, certains habitants ont reçu une AirBox, un routeur 4G prêté en secours, mais la connexion est jugée « extrêmement poussive » et l'enveloppe de données s'épuise souvent en une ou deux semaines.
Le vrai sujet : qui entretient la fibre une fois posée ?
L'affaire dépasse largement ce village du Gers. Elle pose une question que beaucoup de communes vont se poser : que se passe-t-il quand un territoire entièrement dépendant de la fibre se retrouve privé de réseau ?
Car la transition est déjà engagée. À Bouzon-Gellenave, l'ADSL n'est plus commercialisé depuis le 31 janvier 2026, et partout en France la fermeture du réseau cuivre doit s'achever d'ici 2030. Vous pouvez d'ailleurs suivre l'avancée du raccordement près de chez vous sur la carte de déploiement de la fibre. Conséquence directe : quand une ligne fibre tombe, il ne reste souvent que le réseau mobile en repli.
Encore faut-il qu'il soit à la hauteur. Dans ce secteur, Orange ne dispose que de deux sites 3G et 4G, sur les communes voisines d'Aignan et de Bétous. Aucune antenne 5G. Résultat, une forme de double peine : sans fibre d'un côté, avec un réseau mobile modeste de l'autre. Or la fibre apporte un débit montant élevé (l'envoi de données, pas seulement le téléchargement). Difficile dans ces conditions de regarder des vidéos en ligne, ou faire du télétravail, des visioconférences, des sauvegardes dans le cloud et des transferts de fichiers volumineux.
C'est sans doute là que se joue la prochaine bataille. Pendant des années, l'enjeu était de déployer la fibre partout. Désormais, c'est son entretien qui devient déterminant. Dans les zones rurales, où une réparation peut impliquer des travaux lourds, chaque panne prolongée prend vite une dimension critique.