Longtemps considéré comme le paradis des forfaits mobile, la France voit ses prix s'envoler. Selon le dernier baromètre des prix Ariase, le tarif mensuel moyen des forfaits mobiles a bondi de près de 50 % en un an.
Et il y a de quoi s'inquiéter car cette tendance n’est que le début d'un mouvement de fond. L'accord historique signé en vue du rachat de SFR pour plus de 20 milliards d'euros promet de figer le marché et de tirer durablement les factures vers le haut.
Une hausse spectaculaire et brutale
Les chiffres donnent le vertige. En l'espace d'un an, le coût mensuel moyen d'un forfait mobile a bondi de 47,4 %, s'établissant désormais à 14,51€. Fabien Charmetant, responsable du site spécialisé Ariase.com, tempère néanmoins ce pourcentage spectaculaire : "Cela paraît énorme, mais s'explique parce qu'en juin de l'année dernière, on atteignait le prix le plus bas à 9,84 euros en moyenne".
Après une hausse progressive amorcée à l'été 2025, puis un palier au printemps 2026, les tarifs sont clairement repartis à la hausse en juin. Cette envolée sonne peut-être le glas de l'exception française, un pays où les abonnements de téléphone comptent parmi les moins chers d'Europe.
On n'est pas encore là. Il n'empêche, si la France reste encore un eldorado pour les télécoms, trouver un forfait pas cher devient un défi, car le marché est en pleine mutation.
Rachat de SFR : un lien direct avec la hausse des prix
L'annonce de la signature d'un protocole d'accord entre Bouygues Telecom, Free (Iliad) et Orange pour racheter SFR jette une ombre sur les factures des Français. Pour Fabien Charmetant, le constat est sans appel : "Il y a bien un lien de cause à effet entre le rachat de SFR et la hausse de prix".
L'expert note d'ailleurs une corrélation temporelle très nette. Les tarifs ont commencé à bouger dès le lancement des négociations secrètes en octobre 2025, avant de connaître une phase d'attentisme et de stabilisation, pour finalement s'emballer à nouveau à l'approche de la conclusion du deal.
"Quand on prend un peu de recul [...], on se dit que les opérateurs étaient confiants sur l'issue, et des verrous ont sauté… ce qui a permis cette hausse moyenne d'un euro sur les forfaits le mois dernier", analyse-t-il. Comme si les opérateurs anticipaient déjà un marché à trois.
La stratégie des opérateurs : comment les tarifs augmentent
Pour augmenter leurs marges sans braquer frontalement les consommateurs, les opérateurs déploient des stratégies bien rodées. L'une des méthodes les plus courantes consiste à réduire la quantité de gigas inclus pour un même prix, ou à concevoir des offres volontairement déconnectées des besoins réels des Français.
"On a des offres entrée de gamme qui contiennent trop peu de data, et de l'autre côté des offres trop dotées et donc trop chères", déplore Fabien Charmetant. Et entre les deux pas grand chose. Les opérateurs désertent un à un le segment des forfaits avec de 20 à 50 Go, alors même que les Français consomment en moyenne 18 Go de data tous les mois selon l'Arcep. Et le peu qui restent sont à des tarifs considérés comme trop élevés.
Par ailleurs, la guerre des prix que se livraient les marques low-cost s'éteint à petit feu. L'heure est désormais à la rationalisation. Les grands opérateurs revoient leurs grilles tarifaires à la hausse et alignent les catalogues de leurs différentes filiales.
Fabien Charmetant cite l'exemple de Bouygues Telecom, qui a récemment harmonisé les offres de ses marques alternatives, à savoir Cdiscount Mobile, Auchan Telecom et NRJ Mobile, sans parler de B&YOU : "Ils risquent de tous faire converger leurs offres commerciales".
À terme, c'est la survie même des marques low-cost historiques qui est interrogée. Une option clairement envisagée par notre expert.
Pourquoi cette flambée tarifaire n'est pas près de s'arrêter
Si les opérateurs jurent que le rachat de SFR servira uniquement à financer la 5G, l'IA et la cybersécurité grâce à des économies d'échelle, la réalité économique s'avère plus sombre pour le pouvoir d'achat des Français. L'époque où l'objectif était de "voler des clients à la concurrence" est révolue. "Aujourd'hui, avec la vente de SFR, les opérateurs se projettent dans un marché à trois et l'enjeu n'est plus le même, il y a une volonté de consolider son parc", décrypte Fabien Charmetant.
En passant de quatre à trois grands acteurs de réseau, le marché français perd de sa virulence concurrentielle et il faut clairement redoute une hausse des prix. Car moins de concurrence signifie moins d'obligations de casser les prix.
Fabien Charmetant se montre donc très pessimiste pour les mois à venir : "La hausse des prix n'est pas finie". Selon les prévisions de Fabien Charmetant, l'augmentation globale va se poursuivre inéluctablement, et "des forfaits proposés aujourd'hui à 14,5 euros pourraient passer à 18 ou 19 euros" dans les mois ou les années qui viennent.
D'ailleurs, les analyses économiques du secteur révèlent une tendance claire : dans les pays ayant réduit le nombre de forces en présence, les tarifs ont connu des augmentations oscillantes entre 5 % et 25 %.
Jusqu'à atteindre le niveau le plus haut jamais atteint de 20,08€ en novembre 2020 ? "On prend cette direction", prophétise Fabien Charmetant.
Alertée, l'Arcep, l'autorité de régulation des télécoms a promis de se montrer vigilante pour éviter tout risque d'entente illégale sur les prix dans un marché de moins en moins concurrentiel.
Maxime Blondet
Responsable éditorial DegroupTest