Amazon vient de frapper un grand coup dans la guerre de la connectivité spatiale. En rachetant l'opérateur satellitaire Globalstar pour 11,6 milliards de dollars, le géant américain s'offre les clés d'un marché en pleine ébullition : celui de l'internet directement depuis l'espace vers votre smartphone.
Amazon Leo : de la parabole au téléphone
Jusqu'ici, le projet Amazon Leo (anciennement connu sous le nom de Projet Kuiper) visait principalement à concurrencer Starlink sur le segment de l'internet fixe par antenne parabolique. Avec le rachat de Globalstar, la firme de Jeff Bezos change de dimension.
Maintenant, l'objectif est de permettre aux futurs satellites Leo de communiquer directement avec les smartphones, sans équipement intermédiaire. Les satellites, le spectre radio et l'expertise opérationnelle de Globalstar vont permettre à Amazon Leo d'ajouter des services Direct-to-Device (D2D) à son réseau en orbite basse. De quoi lui permettre d'étendre la couverture cellulaire aux clients situés au-delà de la portée des réseaux terrestres.
Côté spectre, l'acquisition est particulièrement stratégique. En mettant la main sur les bandes de fréquences L et S mondiales de Globalstar, Amazon court-circuite les délais administratifs et s'appuie sur une infrastructure déjà déployée (plus de 20 stations au sol).
Cerise sur le gâteau : Amazon continuera à soutenir les iPhone et Apple Watch qui utilisent les constellations de Globalstar. En outre, l'entreprise collaborera avec Apple sur de futurs services satellitaires via Amazon Leo.
Starlink : leader incontesté… mais sous pression
Starlink n'a évidemment pas attendu Amazon pour révolutionner le secteur. En 2025, le service Direct to Cell de SpaceX a servi plus de 12 millions de personnes au moins une fois, avec en moyenne 6 millions d'utilisateurs actifs par mois. Initialement limité aux SMS, Starlink a progressivement ajouté des fonctions vocales et de données via plus de 30 applications optimisées, dont Google Maps et WhatsApp.
En 2026, SpaceX prévoit de déployer ses satellites V3 de nouvelle génération via Starship. Ce déploiement promet une capacité réseau plus importante et une connectivité 5G complète depuis l'espace.
Actuellement, le géant d'Elon Musk domine avec plus de 10 000 satellites déjà déployés. La couverture est donc quasi-mondiale. Amazon Leo, au moment où nous écrivons ces lignes, ne compte que 200 satellites (et en vise 3 200 d'ici 2029). Mais le rachat de Globalstar lui apporte directement 48 satellites et un lancement rapide des services D2D grâce aux 20 stations au sol.
L'avance de Starlink est donc loin d'être insurmontable.
Le Direct-to-Device, nouveau champ de bataille télécom
La vraie bataille ne se joue pas dans le ciel, mais dans votre poche.
Le Direct-to-Device (cette technologie qui permet à un satellite de communiquer directement avec un smartphone ordinaire, sans antenne relais) est en train de redéfinir les frontières entre l'internet spatial et la téléphonie mobile classique. L'enjeu est simple : permettre aux utilisateurs de smartphone de maintenir les appels, données et SMS opérationnels lorsqu'ils se trouvent hors de portée des réseaux cellulaires terrestres.
Une promesse qui intéresse logiquement les opérateurs mobiles, Orange, SFR, Bouygues ou Free, qui devront tôt ou tard se positionner face à ces nouveaux acteurs venus de l'espace. Sinon, cette connexion directe du téléphone au satellite risque d'attirer des clients soucieux de capter la 5G partout, surtout dans les milieux ruraux encore mal desservis.
Avec Amazon Leo d'un côté et Starlink de l'autre, le marché de l'internet spatial se structure rapidement autour de deux mastodontes. Pour les consommateurs et les opérateurs, cette rivalité est une bonne nouvelle :
- Elle accélérera l'innovation
- Elle fera baisser les prix
- Elle étendra la couverture jusque dans les zones les plus reculées
L'ère des zones blanches pourrait appartenir au passé très bientôt grâce à cette concurrence des cieux.
Pierre Lacoste
Rédacteur référent box internet