Depuis sa prise de fonction, Yves Martin, le nouveau directeur d'Orange pour la Bretagne et les Pays de la Loire, a rapidement pris la mesure de son nouveau territoire.
Entre découvertes de terrain, héritage historique des télécoms bretons et pilotage de chantiers stratégiques, du déploiement de la fibre à la fermeture du réseau cuivre, en passant par les usages industriels de la 5G , Yves Martin impose une méthode fondée sur le collectif. Une approche managériale qui puise sa force dans sa capacité à faire collaborer des profils variés, tel un capitaine de rugby sur le terrain.
Mais au-delà de cette posture de stratège aux prises avec les grands défis technologiques, que cachent ces premières semaines d'immersion ? Place désormais à une facette plus intime de son parcours, avec de multiples expériences qui ont forgé l'homme derrière la fonction.
Lire la première partie de l'interview, publiée hier.
Yves Martin, une certaine histoire des télécoms
DegroupTest : Vous avez un parcours professionnel qui a une très forte coloration Orange ?
Yves Martin : "J'ai un peu touché tous les bords de la piscine chez Orange. Mais j'ai fait essentiellement trois grands métiers. Il y a tout d'abord l'ingénierie, c'est l'innovation et le développement produit. Il y a ensuite le marketing, avec la vente et le lancement de nouvelles solutions télécoms pour le grand public. Et il y a enfin l'offre aux entreprises et le wholesale, c'est-à-dire la sécurisation des offres et la connectivité des entreprises.
J'ai aussi touché tous les bords de la piscine parce que j'ai travaillé dans différents pays, comme la Suisse, la Roumanie et l’Angleterre. Enfin, j'ai touché tous les bords de la piscine parce que j'ai vécu des moments de transformation profonde de l'entreprise, et des changements de nos modèles économiques et technologiques."
DegroupTest : Cela devrait vous aider à appréhender vos nouvelles missions ?
Yves Martin : "Connaître les différents métiers, cela m'aide à parler à tout le monde et donc à savoir comment on travaille ensemble pour faire avancer Orange. En tout cas, mon parcours me permet d’être pertinent."
DegroupTest : Au travers de votre parcours, on a un peu l'impression de revivre l'histoire des télécoms ?
Yves Martin : "Effectivement j'ai démarré chez France Télécom avec les débuts de la carte SIM, dans les années 90. À l'époque, les pères du GSM savaient qu'un téléphone portable allait coûter plusieurs milliers de francs à l'époque. Ils se sont dit que tout le monde n'allait pas pouvoir en avoir un. Ils pensaient qu'il y en aurait deux ou trois par village, qu'ils passeraient de main en main, et que les gens y inséreraient à tour de rôle leur carte SIM.
À l'époque, elles avaient le format d'une carte bancaire. Les premiers téléphones portables étaient comme ça, avec une fente à l'extérieur, de manière à pouvoir y insérer facilement une carte SIM."
DegroupTest : Les choses ont bien changé depuis…
Yves Martin : "Les téléphones portables se sont démocratisés. On est passé du téléphone au format talkie-walkie au téléphone à clapet. Et aujourd'hui, on ne parle plus de téléphones mais de smartphones. Et ce sont de vrais ordinateurs. Quant aux cartes SIM, elles sont aujourd'hui au format nano."
DegroupTest : Donc vous avez participé à la naissance de la téléphonie mobile, mais aussi à la fin des cabines téléphoniques...
Yves Martin : "C'était en 2014. À l'époque, elles ne servaient déjà plus qu'occasionnellement, et la téléphonie mobile commençait à se généraliser. Je me rappelle, c'était passionnant de voir les usages qui étaient faits des cabines téléphoniques. Pour certains de ces usages, on va dire que les personnes ne voulaient pas qu'ils puissent être tracés. On peut facilement les imaginer…
Néanmoins, dans certaines collectivités territoriales situées en zone blanche, les cabines téléphoniques étaient encore cruciales. Il n'empêche, comme la 2G et le cuivre aujourd'hui, c'était une technologie qui n'était plus du tout rentable. À la fin, une cabine rapportait l'équivalent de 400€ alors qu'elle coûtait l'équivalent de 10000€ en maintenance.
Et puis il y a eu un ministre de l'Économie, Emmanuel Macron, qui a signé un décret pour accompagner la fermeture des cabines téléphoniques. Cette dépose totale a été une forme de déchirement, car elles faisaient tellement partie du décor."
DegroupTest : Autre passage important de votre parcours, le lancement des premiers iPhone…
Yves Martin : "Tout était secret parce que Apple ne voulait absolument pas communiquer avant le jour J, avant Steve Jobs. Il nous a accueillis quelques semaines avant le lancement. Donc j'ai pu voir le premier iPhone quelques jours avant sa sortie.
Je me rappelle qu'on avait le droit de le voir, mais pas de le toucher. C'était une révolution. Steve Jobs avait décidé de vouloir faire quelque chose d'unique pour le client : la messagerie vocale visuelle.
J'ai aussi participé au lancement du deuxième iPhone, ce qui m'a donné la possibilité de rencontrer Tim Cook."
DegroupTest : Qu'est-ce que vous avez appris auprès de ces deux grands figures du marché de la téléphonie mobile ?
Yves Martin : "Steve Jobs était un Ayatollah de l'expérience client. Il connaissait le client mieux que beaucoup d’autres. Il était prêt à enlever des fonctionnalités d'un téléphone si l'expérience client ne lui convenait pas. C'est ça qui a fait la puissance d'Apple.
Un jour, j'ai demandé à la directrice de la communication combien Apple dépensait pour communiquer. Et elle m'a répondu : “On dépense beaucoup plus pour écouter le client que pour communiquer vers le client." C'est ce qui a fait le succès de la marque.
Quant à Tim Cook, il a une incroyable puissance de travail et une énorme faculté de communiquer, de comprendre les sujets."
DegroupTest : Et puis il y a une autre étape importante pour vous, c'est votre passage en Roumanie ?
Yves Martin : "J'ai toujours été très impressionné par la Roumanie et son savoir-faire en ingénierie. La Roumanie est un pays très créatif et novateur. Avec une vraie appétence pour les télécoms. J'ai été impressionné par la capacité des Roumains à fibrer hyper vite des villages.
C'est un des pays les plus développés en termes d'IT. C'est aussi le premier pays européen où Orange a lancé la 5G et ce n'est pas un hasard."
Interviewer : Et ce parcours très varié, il vous sert aujourd’hui ?
Yves Martin : "On est dans un monde d'accélération permanente, avec un besoin de s'adapter en permanence. J'ai vécu de grandes bascules et cela m'aide à appréhender celles d'aujourd'hui. Sauf qu'aujourd’hui, la technologie et la géopolitique se mélangent. Les États-Unis et la Chine utilisent la technologie presque comme une arme de guerre.
Le monde évolue d'une façon étrange et on doit être prêt. Il faut savoir s'adapter et c'est dans l’ADN d’Orange. De mon côté, j'ai vécu des pages blanches, je sais ce que c'est."
DegroupTest : Donc en fait c'est une aventure hyper excitante…
Yves Martin : "Je suis hyper heureux d'avoir postulé et d'avoir été choisi pour cette région. Ce n'est pas du tout le même boulot que mes collègues dans d'autres régions. Ici, il y a un très gros niveau de technicité. On met en application des choses qu'on retrouve plus tard à l'échelle mondiale.
C'est une grosse responsabilité. Mon rôle a un impact sur la performance de l'entreprise à moyen terme. On vit dans un monde qui avance tellement vite. On doit sans cesse apprendre les nouvelles technologies et les décliner."
Maxime Blondet
Responsable éditorial DegroupTest