Le début d'année 2026 confirme les difficultés commerciales de SFR. En seulement trois mois, l'opérateur a perdu environ 165000 clients sur le mobile et 46000 sur le fixe.
Au total, plus de 200000 abonnés ont quitté l'opérateur au carré rouge. Une nouvelle contre-performance qui intervient alors que son rachat par Bouygues Telecom, Free et Orange est entré dans une phase décisive.
SFR est le seul opérateur à perdre des abonnés
Les résultats du premier trimestre 2026 font apparaître un marché français particulièrement contrasté.
Bouygues Telecom a gagné 91000 clients mobiles et 47000 clients fixes. Orange a recruté environ 40000 abonnés mobiles et 54000 abonnés internet. Free termine pour sa part le trimestre avec un solde nul sur les deux marchés.
SFR est donc le seul des quatre grands opérateurs à enregistrer de lourdes pertes à la fois sur le mobile et sur l'internet fixe. Avec environ 165000 lignes mobiles et 46000 clients fixes en moins, son parc recule de plus de 200 000 abonnés en seulement trois mois.
Cette situation est d'autant plus préoccupante que l'opérateur sort de plusieurs années marquées par une érosion de son parc et une baisse de ses revenus.
Après la catastrophe de 2024, l'accalmie de 2025 aura été courte
L'année 2024 avait été particulièrement difficile pour SFR. En douze mois, l'opérateur avait perdu environ un million de clients mobiles et 258000 clients fixes, soit près de 1,3 million d’abonnés au total.
L'année 2025 avait néanmoins apporté une forme d’accalmie. SFR continuait de perdre des clients, mais beaucoup moins rapidement. L'opérateur avait limité la baisse à environ 19000 abonnés mobiles et 108000 clients fixes sur l'ensemble de l'année.
Cette stabilisation relative pouvait laisser penser que le plus dur était passé. Les résultats du premier trimestre 2026 viennent remettre cette hypothèse en question. En trois mois, SFR a déjà perdu davantage de clients qu'au cours de toute l'année précédente.
La situation financière reste également fragile. En 2025, le chiffre d'affaires d’Altice France est tombé à environ 9,2 milliards d’euros, en baisse de 8,4 %. Au premier trimestre 2026, les investissements ont atteint 323 millions d'euros, contre 406 millions un an auparavant.
Les clients de SFR anticipent-ils sa vente ?
Le calendrier peut naturellement inciter à établir un lien entre cette fuite des abonnés et le projet de rachat de SFR. Cette conclusion doit toutefois être nuancée.
Les résultats du premier trimestre couvrent les mois de janvier à mars 2026. Or l'offre relevée de Bouygues Telecom, Free et Orange, valorisant les activités concernées de SFR à 20,35 milliards d’euros, n'a franchi une étape décisive qu'en avril.
Les clients ayant quitté SFR au premier trimestre ne pouvaient donc pas réagir directement à cette nouvelle offre ou à l'ouverture des négociations exclusives.
Néanmoins, l'avenir incertain de l'opérateur était connu depuis plusieurs mois. Une première offre du consortium avait déjà été rendue publique en 2025, tandis que les difficultés financières d'Altice et l'hypothèse d'une vente de SFR faisaient régulièrement l'actualité.
Cette incertitude a-t-elle poussé certains clients à changer d'opérateur avant une éventuelle disparition de la marque ou une modification de leur offre ? C’est possible, mais aucun élément ne permet aujourd’hui de l’affirmer.
Les départs peuvent aussi s'expliquer par des raisons plus classiques : des offres concurrentes plus agressives, une image de marque dégradée, les hausses de prix passées ou encore un renouvellement moins visible des box internet SFR et des forfaits mobile SFR.
Où en est le rachat de SFR ?
Le projet de reprise a considérablement avancé au cours des derniers mois.
Le 6 juin 2026, Altice France et le consortium formé par Bouygues Telecom, Free-Iliad et Orange ont annoncé la signature d'un protocole d'accord en vue de l'acquisition de la majorité des activités de SFR.
Le montant total retenu atteint 20,35 milliards d'euros. Bouygues Telecom financerait environ 42 % de 'opération, Free 31 % et Orange 27 %. Les clients, les fréquences, les infrastructures et les différentes activités de SFR seraient ensuite répartis entre les trois groupes.
Le rachat n'est toutefois pas encore définitivement validé. Orange et Bouygues Telecom ont engagé une phase de prénotification auprès de l'Autorité de la concurrence le 30 juin.
Le 15 juillet, la Commission européenne a également décidé de confier à l'Autorité française l'examen de l'opération concernant Iliad. L'institution française étudiera donc les trois volets de la reprise et devra mesurer les conséquences de la vente sur la concurrence, les prix et le marché français des télécoms.
L'examen devrait durer plusieurs mois en raison de la complexité du dossier. La vente de SFR est donc bien engagée, mais elle est encore loin d'être terminée.
Maxime Blondet
Responsable éditorial DegroupTest