5G : Orange contre vents et mairies ?

Par Yann Daoulas modifié le 07/12/2020 à 23h05

Orange s'apprête à allumer son réseau 5G avant fin 2020 sur plusieurs villes françaises. Confronté à la fronde de certaines municipalités, l'opérateur joue l'apaisement. Mais pas à n'importe quel prix.

Antenne 5G sur un support de téléphonie mobile

Encore quelques jours d'attente et ils pourront appuyer sur le bouton. Une fois le top départ donné par l'Arcep, le gendarme des télécoms, les opérateurs seront en mesure d'activer rapidement leur réseau 5G dans les premières ville couvertes. Objectif : lancement avant fin 2020. C'est notamment ce qu'a promis Orange par la voix de son PDG Stéphane Richard. Et ce malgré l'opposition de certaines municipalités, avec qui l'opérateur historique se dit prêt à dialoguer, mais pas à transiger. Olivier Mallegol, directeur Réseaux Orange pour le Grand Ouest, nous explique pourquoi.

La 5G Orange avant fin 2020, mais où ?

La commercialisation de la 5G approche à grand pas. Les quatre opérateurs mobile ont obtenu leurs blocs de fréquence 3,5 GHz il y a quelques jours. Et dans cette bande destinée à être exploitée par le réseau mobile de cinquième génération, c'est Orange qui s'est taillé la part du lion. Ne lui restait plus qu'à positionner au mieux les blocs obtenus, dans une largeur de bande totale de 90 MHz. C'était l'objet d'un second tour d'enchères dont les résultats devraient être communiqués incessamment par l'Arcep. Tout ira très vite ensuite : "D'un point de vue théorique, nous avons des réseaux qui fonctionnent déjà de façon expérimentale. Et il n'y a pas grand chose à faire entre la phase expérimentale et la phase commerciale, explique Olivier Mallegol. À partir du moment où les enchères sont terminées, l'ouverture ne prend pas beaucoup de temps"

La grande question est moins de savoir quand, mais où la 5G d'Orange sera disponible à son lancement. Et sur ce point, l'opérateur laisse planer le mystère. Tout juste nous glissera-t-il qu'en Bretagne, par exemple, ses travaux préparatoires "ne se sont pas limités à Nantes et Rennes". Histoire de ne pas déflorer sa stratégie concurrentielle, bien sûr, mais aussi sans doute de ne pas attiser un débat encore brûlant avec les principales municipalités concernées. Et ce bien qu'Orange se sache en position de force : pour empêcher l'installation d'antennes 5G, ou même de nouveaux sites, "le pouvoir des maires est très, très limité", rappelle son directeur réseau régional.

Peu de voies de recours

L'encadrement du déploiement des réseaux mobiles se joue à deux niveaux, poursuit-il. D'une part, sur la question de l'exposition aux ondes, qui est une prérogative de l'Agence nationale des fréquences (ANFR). D'autre part, sur les règles d'urbanisme, lorsqu'il s'agit d'implanter un nouveau site. Ou d'en modifier la physionomie substantiellement - hauteur, emprise - pour accueillir une nouvelle antenne, comme celles qui émettront sur la bande des 3,5 GHz dans le cas qui nous occupe. C'est là que la mairie peut avoir son mot à dire mais "un ajout d'antenne en soi peut ne pas constituer une modification substantielle", rappelle Olivier Mallegol. Citant en exemple "certains sites que l'on n'a pas besoin de rehausser, puisqu'on a déjà un pylône qui est assez haut pour rajouter un système antennaire. La mairie n'a alors aucun pouvoir". C'est le cas à Rennes, où 17 sites sont déjà installés, et 21 autres parés pour la fin de l'année. Et où le réseau 5G au démarrage ne s'appuiera précisément que sur des antennes installées sur des sites existants.

Du reste, même lorsqu'il s'agit de modifier substantiellement un site ou d'en installer un nouveau, la marge de manœuvre des municipalités est limitée. Et elles sortent rarement victorieuses d'une opposition frontale : "Quand le dialogue est impossible, nous faisons parfois des recours au tribunal administratif, et dans quasi 100% des cas, nous avons gain de cause". La mairie n'aura repoussé l'échéance que de quelques semaines, "le temps du délai administratif, mais dans le cas d'un référé, cela peut aller très vite"

Oui au débat sur la 5G...

L'un des fers de lance de la fronde anti-5G l'a reconnu lui-même il y a quelques jours. Eric Piolle, maire de Grenoble, convenait sur France Inter que les édiles opposés au nouveau réseau mobile n'avaient pas "les moyens légaux" pour interdire son déploiement. Pas plus que les initiatives locales - comme à Rouen - une démarche coordonnée au niveau national ne semble en mesure de freiner l'arrivée de la 5G. "Quel poids juridique supplémentaire cela aurait par rapport à une démarche unitaire ?" s'interroge le représentant d'Orange.

Conscient de cette position favorable, l'opérateur tient malgré tout à jouer l'apaisement face à des municipalités avec lesquelles il travaille par ailleurs. "Nous ne souhaitons pas êtres dans une logique de bras de fer avec les collectivités, nous ne souhaitons pas être dans une logique de passage en force", insiste Olivier Mallegol. "Nous n'avons aucun intérêt à nous fâcher avec une mairie", poursuit-il, soulignant son statut d'"acteur inscrit dans les territoires"

Raison pour laquelle il se dit ouvert, par exemple, à la proposition de la municipalité rennaise consistant à réaliser une étude d'impact. D'autant que son résultat ne lui inspire aucune crainte : "Les rapports sur la propagation des ondes, il y en a depuis 30 ans. Et pour la 5G, on exploite des bandes de fréquences déjà utilisées aujourd'hui, donc qui sont connues. Tout cela est documenté, voire ultra-documenté". De la même manière, le rapport de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) ne changera pas la donne, selon le directeur réseau d'Orange Ouest. Sa publication, attendue en mars 2021, est la borne fixée par les élus réclamant un moratoire sur le déploiement de la 5G.

... mais non au moratoire

Si le dialogue est toujours de mise à Rennes, il est plus complexe à Nantes, même s'il n'est pas complètement rompu. C'est que la position de la première édile implique un moratoire sur la 5G, dont Orange ne veut pas en entendre parler. Car s'il se veut "acteur responsable, attentif aux débats de société" , l'opérateur met aussi en avant ses impératifs "réglementaires et commerciaux". Réglementaires, car l'autorisation d'utilisation des fréquences 3,5 GHz exploitées pour la 5G sont assorties d'obligations de déploiement fixées par l'Arcep. "Un cahier des charges assez ambitieux" qui comprend la mise en service de 3 000 sites d'ici à fin 2022, avec un niveau de service "au moins égal à 240 Mb/s" sur 75% d'entre eux. Ces obligations, on ne pourra pas les remplir si on n'adresse pas les grandes villes", prévient Olivier Mallegol.

Un moratoire lui compliquerait donc forcément la tache. Et lui paraît d'autant moins souhaitable qu'il ne connaît pas les intentions de ses concurrents. C'est l'autre impératif, commercial celui-là : "Vous imaginez bien que si nous sommes dans une posture où nous écoutons les mairies, et que d’autres opérateurs prennent l’initiative d’ouvrir leur réseau 5G tout de suite, Il va y avoir un sujet". En d'autre termes plus fleuris, Pierre Jacobs, directeur d'Orange Ouest, expliquait au Télégramme il y a quelques jours qu'il n'était pas question d'être "le dindon de la farce".

Une "promesse en trois temps"

Et puis il y a un troisième impératif, technique celui-ci, justifiant l'ouverture d'une nouvelle bande de fréquences pour accueillir la 5G : le réseau 4G est en voie de saturation. D'ici deux ans, cette dernière ne sera plus en mesure d'accompagner la croissance du trafic, en hausse de 40 à 50% par an, rappellent à l'envi les opérateurs de téléphonie mobile. "Mais ce n'est qu'une moyenne", prévient Olivier Mallegol. "Sur certains points du territoire, c'est exponentiel. Il y a des endroits où ponctuellement on sature, d'autres où on sait que l'on va saturer très prochainement. C'est un risque réel en zone urbaine. Ce n'est pas un hasard, si, dans son cahier des charges, l'Arcep dit qu'il faut que 75% de nos sites absorbent 240 Mb/s d'ici à fin 2022".

Il s'agit là du deuxième étage de la fusée de la 5G, qui en comporte trois. "Une promesse en trois temps" que le représentant d'Orange résume ainsi : plus de confort d'utilisation dans l'immédiat, une garantie contre la saturation de la 4G à moyen terme, et enfin l'innovation et "tous les usages qui restent à inventer et qui seront permis par ce nouveau réseau". Des avantages encore abstraits pour le grand public, que même l'argument d'un confort accru ne suffira peut-être pas à convaincre dans un premier temps. Face à ce point d'interrogation, Orange met en avant le beta-test réalisé auprès de quelque 400 utilisateurs il y a quelques mois sur son réseau 5G expérimental à Nantes. Deux tiers des participants se sont dits satisfaits, notamment en matière de vitesse. A cet égard, l'opérateur évoque un débit instantané de 700 Mb/s lors de tests sur son réseau expérimental, et des latences très faibles, comprises entre 1 et 5 ms.

Intérêt de la 5G : à voir à l'usage

Suffisant pour convaincre les utilisateurs de téléphonie mobile de passer en 5G ? "Tout dépend de vos usages", répond Olivier Mallegol, pour qui la situation est comparable au choix entre l'ADSL et la fibre. Ceux qui ont des usages conséquents ont naturellement basculé vers la fibre, tandis que ceux qui se satisfont de 30Mb/s en xDSL n'en ont pas vu l'intérêt. Le directeur réseau d'Orange s'attend à des comportements analogues sur le mobile, entre les utilisateurs ayant un usage modéré et les habitués de la vidéo, du streaming ou des jeux en ligne notamment. Et nous livre son pronostic :

"Quelqu'un qui a un usage certes associé à un débit plus important mais surtout à une latence plus faible, celui-là va voir immédiatement l'apport de la 5G. Je ne suis pas en train de vous dire que pour le grand public ça va être une révolution du jour au lendemain. On parle bien d'une promesse différenciée dans le temps, qui fait que certains vont y voir un avantage immédiat, d'autres moins, et que pour d'autres encore c'est synonyme d'innovations à venir. Et pour ceux qui vont se trouver dans des zones en saturation, ce sera une promesse de qualité de service et même pas de débit. On va avoir ce mix d’usages qui va se mettre en place progressivement, et qui va faire en sorte que cela sera ou pas une réponse adaptée"

Quelle couverture 5G au lancement ?

Reste aussi à savoir dans quelle mesure le nouveau réseau mobile sera disponible au lancement. Les opérateurs le savent, la réalité de leur couverture 5G sera scrutée de près, et les fausses promesses montrées du doigt. Orange affirme ainsi que dans les métropoles où il activera la 5G, la couverture ne sera pas parcellaire. "Si on ouvre commercialement, ce n'est pas pour dire 'on ouvre en théorie', tranche Olivier Mallegol. "On ne va pas aller sur une promesse de 5G à Rennes, par exemple, pour qu'elle soit disponible uniquement place du Parlement ou à la Gare. On n'ouvrira que là où on peut ouvrir dans des conditions de couverture et de fonctionnement satisfaisantes pour le client".  Rendez-vous dans quelques semaines pour en juger.

 

 

 

 

 

 

 

 

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