Pour un logement vacant, le risque tient à la possibilité d’identifier un bien durablement inoccupé. Pour une résidence principale, c’est surtout le croisement avec d’autres données qui pose question : informations patrimoniales, anciennes fuites, données publiques ou renseignements disponibles en ligne peuvent enrichir un profil et, potentiellement, aider à sélectionner une cible.
À ce stade, rien ne prouve que la fuite Zéro Logement Vacant ait déjà servi à préparer un squat ou un cambriolage. Mais elle pose très concrètement la question de la protection du logement une fois que la menace quitte le terrain numérique pour devenir physique.
Logement vacant ou occupé : les données volées n’ont pas la même valeur
Le piratage de Zéro Logement Vacant a été découvert fin août. L’incident figure dans le point de situation publié le 30 septembre par le CERT-FR, avec un ordre de grandeur pouvant atteindre 48 millions de propriétaires concernés. Le périmètre exact des données compromises pour chacun d’entre eux reste toutefois à établir.
Le service attaqué aide les collectivités à repérer et caractériser des logements vacants, puis à contacter leurs propriétaires. Il s’appuie notamment sur des données utilisées dans la lutte contre la vacance des logements, issues notamment de sources fiscales et foncières. Les données susceptibles d’avoir été dérobées comprennent notamment :
- des noms,
- dates de naissance,
- adresses postales et électroniques,
- numéros de téléphone
- et identifiants liés aux biens immobiliers.
Cela ne signifie pas que 48 millions de logements vacants sont désormais identifiables. Le chiffre concerne des propriétaires potentiellement touchés et nous ne savons pas quelles informations ont effectivement été exfiltrées pour chacun d’eux.
Pour un logement vacant, certaines données pourraient aider à repérer un bien inoccupé. Pour un logement habité, leur croisement avec d’autres informations pourrait contribuer à sélectionner certaines adresses. Interrogé par Le Figaro, Philippe Latombe, député et membre du collège de la CNIL, avertit que "nous n’avons pas de chiffres officiels sur le nombre de cambriolages mais il y en a eu suffisamment pour que cela inquiète beaucoup le ministère de l’Intérieur".
Pour un logement vacant, l’enjeu est surtout de découvrir l’intrusion rapidement
Une maison en succession, un appartement entre deux locations, une résidence secondaire ou un logement en travaux peuvent rester plusieurs jours sans visite. Une porte forcée ou une présence inhabituelle risque donc d’être découverte beaucoup plus tard que dans une résidence principale. Une alarme connectée peut réduire ce délai :
- un détecteur d’ouverture signale l’ouverture d’une porte ou d’une fenêtre
- un détecteur de mouvement peut révéler une présence
- une caméra permet éventuellement de vérifier ce qui se passe
- l’utilisateur peut être alerté à distance dès qu’un événement inhabituel est détecté.
Dans un bien vacant, l’intérêt principal est de raccourcir le temps entre l’intrusion et sa découverte. Les historiques d’événements, notifications ou images peuvent aussi aider à déterminer quand quelque chose d’anormal s’est produit. Ils ne remplacent pas pour autant les constats et démarches exigés par la procédure légale.
Squat : non, le propriétaire ne perd pas ses droits après 48 heures
Cette idée reçue reste tenace : passé 48 heures après l’installation des squatteurs, le propriétaire ne pourrait plus bénéficier d’une procédure rapide et devrait nécessairement engager une longue bataille judiciaire. Pourtant, le droit actuel ne prévoit pas un tel couperet.
L’article 38 de la loi du 5 mars 2007, dans sa version en vigueur depuis le 20 août 2026, permet au propriétaire d’un local occupé illicitement de demander au préfet de mettre les occupants en demeure de partir. Il doit notamment avoir déposé plainte, prouvé son droit sur le bien et fait constater l’occupation par un officier de police judiciaire, le maire ou un commissaire de justice.
Le délai de 48 heures intervient plus tard : il correspond au temps dont dispose le préfet pour prendre sa décision à compter de la réception de la demande. Il ne commence pas au moment où les squatteurs entrent dans le logement.
Si le propriétaire ne peut pas apporter la preuve de son droit en raison de l’occupation du bien, le préfet dispose de 72 heures pour solliciter l’administration fiscale afin qu’elle établisse ce droit. Lorsque le local occupé n’est pas le domicile du demandeur, ce qui peut être le cas d’un logement réellement vacant, la mise en demeure laisse aux occupants un délai d’au moins sept jours.
Une intrusion détectée rapidement permet donc surtout d’engager plus tôt les démarches : contacter les forces de l’ordre, déposer plainte, faire constater la situation, réunir les justificatifs nécessaires et saisir la préfecture.
Dans un logement occupé, les données peuvent aider à sélectionner une cible
Une identité ou une adresse prise isolément n’apprend pas forcément grand-chose à un cambrioleur. Mais ces informations peuvent être rapprochées d’autres données : nombre de biens détenus, anciennes fuites, éléments disponibles en ligne, informations publiées sur les réseaux sociaux ou indices sur les habitudes du foyer.
Ce recoupement peut permettre d’affiner un profil et de privilégier certaines adresses plutôt que d’autres. Une information assez banale dans un fichier peut ainsi devenir beaucoup plus révélatrice lorsqu’elle est associée à plusieurs autres.
L’alarme n’empêche pas ce travail de recherche. Elle intervient si le ciblage débouche ensuite sur une tentative d’intrusion, en détectant une ouverture, un mouvement ou une effraction et en permettant une réaction plus rapide.
Alarme connectée ou télésurveillance : qui réagit quand l’alerte se déclenche ?
Une sirène n’a pas la même utilité selon que le propriétaire se trouve dans la pièce voisine ou à plusieurs centaines de kilomètres de son logement.
Avec une alarme connectée gérée en autonomie, l’utilisateur reçoit directement la notification et doit vérifier ce qui se passe. Avec une télésurveillance permanente, cette première analyse est confiée à un centre dédié qui applique ensuite les procédures prévues par le service souscrit. Nous avons détaillé ce qui se passe réellement après le déclenchement d’une alarme.
Le budget, la fréquence des absences et le niveau de délégation recherché peuvent faire pencher vers l’une ou l’autre solution. Notre comparatif des meilleures alarmes avec télésurveillance confronte les principaux acteurs, leurs tarifs et la façon dont les alertes sont prises en charge.
Verisure mise sur une télésurveillance assurée en permanence et présente également ses systèmes comme une solution permettant de limiter le risque de squat dans une résidence inoccupée. Après une levée de doute, les opérateurs peuvent notamment contacter les forces de l’ordre lorsqu’une intrusion est confirmée.
La marque propose aussi son Brouillard Anti-Cambriolage. Ce dispositif n’est pas spécifiquement réservé au squat : après confirmation d’une intrusion par le centre de télésurveillance, une fumée sèche et opaque peut être déclenchée à distance pour gêner l’intrus et l’inciter à quitter les lieux. Verisure indique qu’une pièce d’environ 30 m² peut devenir opaque en moins de 60 secondes.
Nexecur propose une approche moins coûteuse avec sa formule Initiale, affichée actuellement à partir de 21,90 euros par mois. L’utilisateur reçoit d’abord l’alerte sur son smartphone. S’il ne réagit pas dans les 90 secondes, le centre de télésurveillance prend le relais. Deux transferts mensuels vers le centre sont inclus, les suivants étant facturés 2 euros. Une télésurveillance temporaire peut également être activée à la carte pour 2 euros par jour.
Sa formule Intégrale, à partir de 32,90 euros par mois, prévoit au contraire une prise en charge directe des alertes par les opérateurs de télésurveillance.
Pour un logement occupé, recevoir soi-même les notifications peut convenir à un utilisateur qui souhaite garder la main. Pour une résidence secondaire ou un bien laissé vide longtemps, confier directement le traitement des alertes à un centre spécialisé apporte davantage de continuité lorsque personne n’est disponible sur place.
Quand l’alerte arrive, le délai de réaction devient essentiel
La fuite de Zéro Logement Vacant ne permet pas d’affirmer que des cambriolages ou des squats ont déjà été préparés grâce aux données dérobées. Elle montre en revanche pourquoi des informations immobilières peuvent devenir sensibles lorsqu’elles sont croisées avec d’autres sources.
Une alarme intervient très en aval de ce risque, au moment où quelqu’un tente réellement d’entrer dans le logement. Pour un propriétaire souvent absent, le critère décisif n’est alors pas seulement la puissance de la sirène, mais la rapidité avec laquelle l’alerte sera vue et prise en charge.