Alain Weill, PDG de SFR : "Nous avons un programme de 1,3 million de prises fibre sur le territoire en 2019"

Par Yann Daoulas modifié le 10/09/2020 à 16h35

Alain Weill réaffirme les objectifs et les engagements de SFR sur le déploiement de la fibre optique. Au programme également, 5G et concurrence.

Interview d Alain Weill - PDG de SFR - en juin 2019

A l'occasion de son passage en Bretagne pour officialiser plusieurs accords sur la fibre optique, Alain Weill revient pour DegroupNews sur les objectifs de SFR et sa maison-mère Altice. Le président-directeur général de SFR assure que le groupe sera au rendez-vous de ses engagements sur le déploiement de la fibre optique. Sur le 5G, le patron de l'opérateur réclame une position claire du gouvernement sur le traitement de Huawei en France, et impute le retard européen en la matière à un contexte concurrentiel atomisé.

SFR s'est engagé sur des objectifs de déploiement très ambitieux d'ici à 2020. Pourtant, les chiffres du 1er trimestre suggèrent que le rythme n'est pas encore là. Pensez-vous pouvoir accélérer suffisamment pour respecter vos engagements ?

Alain Weill : Nous avons un programme de 1,3 million de prises FttH sur le territoire en 2019, actuellement notre groupe fabrique 3.500 prises par jour. Le rythme est là. Les choses ont bien évolué : aujourd'hui, la demande est très forte. Elle l'était moins il y a quelques années, et les opérateurs étaient moins motivés, sans doute, pour aller vite. A présent, nous y avons vraiment intérêt, parce que les Français sont prêts à avoir accès à la fibre. Et c'est donc aussi notre d'intérêt d'aller vite. Nous ne sommes pas une entreprise de BTP, qui réalise un projet mais qui finalement n'est pas tellement concernée par la date de livraison : ces réseaux, nous allons les exploiter, et nous avons vraiment intérêt à les construire vite, parce que nous savons que la demande est forte, pour les exploiter le plus rapidement possible.

Vous devez déployer dans les zones AMII, les RIP, et maintenant les AMEL. Allez-vous pouvoir mener tous ces chantiers de front ?

Nous n'avons pas le choix ! Et ensuite, c'est notre intérêt... Pour y arriver, nous avons créé une filiale dédiée au déploiement de la fibre, SFR FttH. Nous y avons fait venir des investisseurs, donc nous avons les moyens de notre ambition. Nous avons aussi stocké la fibre... Donc nous avons tout ce qu'il faut pour faire face à nos engagements.

Vous avez annoncé votre intention de faire passer les raccordements fibre jusqu'à l'immeuble puis câble en fibre jusqu'au domicile. Pourquoi est-ce important pour SFR de passer du FttB au FttH ?

Le FttB permet déjà d'avoir le Gigabit, ce qui est totalement suffisant pour l'usage de 98% des utilisateurs, pour regarder la télévision, regarder Netflix, faire ses achats en ligne et utiliser Internet comme ils le souhaitent. Par contre pour quelques usages, notamment les jeux vidéo, sur lesquels il y a besoin de remonter de la data de façon importante, il est préférable de passer à la fibre. Donc de toutes façons, le sens de l'histoire, c'est que notre FttB devienne du FttH.

Avez-vous un calendrier pour cette transformation ?

Cela va démarrer dès 2020, et cela va se faire dans les cinq ans qui suivent. Mais ce qui est le plus important aujourd'hui, dans la vie quotidienne des utilisateurs, c'est de passer de l'ADSL à la fibre. Quand on a accès au FttB après avoir eu l'ADSL, c'est déjà un progrès considérable.

Sur le mobile, vous vous êtes également engagé, comme les autres opérateurs, à achever la couverture 4G de la population d'ici fin 2020. Pour y arriver, une partie de ces déploiements est réalisée en concertation avec les collectivités, qui demandent plus de visibilité sur les propres projets des opérateurs. Qu'en pensez-vous ?

Pour atteindre ces objectifs de couverture, nous avons besoin de trouver des sites. C'est parfois compliqué, et nous demandons parfois aux élus et aux maires de nous aider. Il y a quelques années, les déploiements de sites étaient très contestés ; maintenant tout le monde se rend compte que c'est impératif : on ne peut pas avoir le très haut débit mobile sans avoir de sites, et avec la 5G, il en faudra encore plus. Nous travaillons beaucoup avec les communes pour qu'elles nous soutiennent dans notre recherche de sites, et si on peut mutualiser entre opérateurs, c'est encore mieux. Nous n'avons aucune difficulté à collaborer avec les communes pour échanger, pour qu'elles nous aident, et pour communiquer sur nos projets en matière de déploiement.

Sur la 5G justement, le débat porte depuis plusieurs semaines sur la place de Huawei dans le futur dispositif et les questions de sécurité. Vous travaillez avec cet équipementier : les précautions qui sont à l'étude vous semblent-elles justifiées ?

Nous disons deux choses. Il s'agit d'abord de vérifier la réalité des risques, et ensuite d'avoir une position claire. Nous respecterons les choix du gouvernement français, mais il faut que les choses soient claires. Aujourd'hui, on nous dit 'vous pouvez travailler avec Huawei', mais nous craignons que l'on nous dise non quand nous voudrons déployer des équipements Huawei. Il y a une loi qui est en préparation, qui nous semble très compliquée. Elle a pour objectif de faire valider tous les projets de déploiement de sites, sans citer particulièrement Huawei, mais on sent qu'il est dans le viseur. Cela n'est pas très sain, ni très clair. Huawei aujourd'hui a du matériel performant, et est sans doute l'un des acteurs, en matière d'infrastructures, qui est le mieux préparé pour la 5G. Ne pas travailler avec lui serait un handicap. mais nous nous adapterons au choix du gouvernement, qui a la compétence en matière de sécurité de l'Etat.

Votre homologue Stéphane Richard, PDG d'Orange, affirmait il y a peu que la France avait un an de retard sur la 5G. Partagez-vous ce sentiment ?

C'est un constat objectif, par rapport aux Etats-Unis qui démarrent, c'est la réalité par rapport à l'Asie, qui a aussi lancé la 5G. En Europe, nous avons une centaine d'opérateurs, quand les Etats-Unis passent de quatre à trois, les Chinois de trois à deux... Cela complique un peu la situation et ça ralentit le processus. D'abord parce que les prix sont plus bas en Europe, particulièrement en France, donc les moyens d'investir sont moins importants. Sur quatre opérateurs en France, il y en a deux qui affichent un cash-flow négatif ou presque - SFR et Orange sont positifs. La situation économique des opérateurs n'est pas la même qu'aux Etats-Unis, n'est pas la même qu'en Asie, et cela ralentit les investissements et l'innovation.

Sur la France, en particulier, vous avez évoqué aujourd'hui la reconquête commerciale de SFR. Le groupe a recommencé à gagner des abonnés, moyennant des prix agressifs qui tendent à peser sur les derniers résultats. Comptez-vous maintenir cette stratégie ?

Jusqu'à présent, SFR ne réagissait pas par rapport aux offres très agressives de certains concurrents. L'année dernière, nous avons décidé de réagir plus fortement : si un opérateur fait des promos, nous faisons des promos. Cela a eu un impact très fort sur nos concurrents, et nous avons recommencé à recruter. Maintenant, chacun se rend compte que les promos agressives sont mauvaises pour tout le monde, et l'on constate aujourd'hui une stabilisation, qui est, à mon avis, saine. Y compris pour les consommateurs, parce que les prix trop bas se font au détriment du déploiement des infrastructures et de la qualité du réseau. Aujourd'hui, on peut se réjouir d'avoir des tarifs très bas en Europe, mais ils ne reflètent pas la valeur du service proposé, qui permet par exemple de profiter d'Internet plusieurs heurs par jour sur son mobile.

 

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