À retenir
- Le déploiement de la fibre en zones rurales est confronté à une crise financière.
- Les tarifs de location des réseaux fixés en 2015 ne reflètent plus les coûts actuels.
- Une demande de révision des tarifs de gros est pressante pour éviter la faillite des RIP.
- Les opérateurs pourraient répercuter les coûts sur les abonnés en augmentant les tarifs.
À la lecture des derniers chiffres de l'Arcep, on pourrait croire que tout va pour le mieux dans le monde de la fibre optique.
En effet, avec 42,4 millions de locaux raccordables, c'est à dire éligibles à la fibre optique, soit une couverture de 94,3%, et 27,1 millions d'abonnements à une offre fibre, soit 82 % du nombre total d'abonnements à internet, la France figure parmi les meilleurs élèves européens. Et pourtant...
Et pourtant, le déploiement et l'exploitation des réseaux fibre ne ressemblent pas partout à un long fleuve tranquille. En effet, un vent de panique souffle sur les Réseaux d'Initiative Publique (RIP), qui représentent 70% du territoire français.
Conçus il y a des années sur des modèles économiques aujourd'hui dépassés, ces réseaux gérés par les collectivités territoriales voient leurs charges exploser. Pour éviter la faillite, les élus réclament une révision urgente des tarifs de location imposés aux opérateurs comme Orange, Free, SFR et Bouygues. Et si c'est le cas, cela pourrait bien finir par se faire sentir sur la facture finale des consommateurs.
L'équilibre (plus que) fragile des réseaux de fibre en zone rurale
Le modèle des Réseaux d'Initiative Publique repose sur un principe simple : la collectivité finance et déploie l'infrastructure là où les opérateurs privés n'ont pas jugé rentable d'aller, à savoir dans les zones rurales. Puis elle loue l'accès au réseau qu'elle a déployé aux opérateurs commerciaux. Problème : les tarifs de location, fixés autour de 5 euros par mois et par prise en 2015, ne correspondent plus à la réalité du terrain en 2024 et 2025.
Selon l'Observatoire de la viabilité économique des RIP, le coût moyen d'entretien et d'exploitation s'élève désormais à 7,54 euros par prise. Cet écart s'explique par plusieurs facteurs imprévus :
- L'inflation a fait grimper le coût des matériaux.
- La fin du "service universel" fin 2020 a transféré la charge du raccordement des nouveaux logements vers le public.
- La multiplication des malfaçons liées à la sous-traitance engendre des frais de maintenance colossaux que les budgets initiaux n'avaient pas anticipés.
Dans un article paru sur le site de la Banque des Territoires, les coûts d'exploitation des RIP se sont révélés 2 à 4 fois supérieurs aux estimations initiales, selon une étude de 2024 portant sur 25 RIP. "L'Arcep elle-même reconnaît dans sa consultation que le coût moyen de maintenance et d'exploitation a explosé, passant de 0,80 euro en 2015 à une fourchette comprise entre 1,65 euro et 2,60 euros par mois et par accès actif", écrit la Banque des Territoires.
Soit une hausse de plus de 200% qui n'a jamais été répercutée sur les tarifs.
D'ailleurs, selon une enquête de la Cour des comptes, 9 RIP sur 10 ont vu leurs coûts de construction dépasser les estimations initiales.
Dans de nombreux départements, la situation est critique. Certains RIP frôlent la cessation de paiement, obligés de recourir à des prêts d'urgence pour maintenir le service.
Vers une hausse des prix des abonnements box ?
Face à cette impasse, l'Arcep est pressée de toute part pour autoriser une augmentation des tarifs de gros. Quatre associations, l'Avicca, Départements de France, la FNCCR et Régions de France, demandent une révision de la grille tarifaire pour faire face à cette flambée des coûts. Certains acteurs réclament que les tarifs de location ne soient plus de cinq euros, mais de neuf euros.
Si les collectivités obtiennent gain de cause, cela voudrait dire que les opérateurs commerciaux devront payer plus cher pour chaque prise en zone rurale.
Dès lors, une question brûle les lèvres des abonnés : les opérateurs vont-ils absorber ce surcoût ou le répercuter sur les clients ?
Historiquement, les tarifs des box fibre sont restés relativement uniformes sur tout le territoire français. Ils sont même plutôt orientés à la baisse en ce moment. Cependant, une hausse significative des tarifs de location dans les RIP pourrait inciter les opérateurs à revoir leur stratégie tarifaire. Deux scénarios se dessinent :
- Une hausse généralisée : les opérateurs augmentent leurs tarifs nationaux de quelques euros pour lisser le coût supplémentaire sur l'ensemble de leur base clients.
- Une tarification différenciée : à l'instar de ce qui se fait parfois dans l'énergie, les opérateurs pourraient proposer des forfaits légèrement plus chers pour les abonnés situés en zone RIP, justifiant cette différence par le coût d'accès au réseau local.
Pour l'heure, rien n'a encore été tranché. En 2025, l'Arcep a lancé une consultation publique sur l'économie des réseaux d'initiative publique. Et elle recommande aujourd'hui que tous les surcoûts spécifiques aux RIP "fassent l'objet d'une prise en charge par les opérateurs commerciaux". De quel ordre ? On ne sait toujours pas. Ses conclusions sont attendues "avant le 22 mai 2026".
Maxime Blondet
Responsable éditorial DegroupTest