En 2025, la France a enregistré environ 212 000 cambriolages, soit 3 % de moins qu'un an plus tôt, selon le bilan publié par le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) en début d'année. Une bonne nouvelle, en apparence. Car derrière la moyenne nationale se cache une carte bien plus contrastée et une exception qui détonne : la Bretagne.
La Bretagne à rebours de la tendance nationale
Avec plus de 10 000 cambriolages de logements recensés en 2025, la région bretonne affiche une hausse de près de 19 % en un an (9 056 faits contre 10 741). Surtout, ses quatre départements progressent tous, une situation qu'aucune autre région métropolitaine ne connaît :
| Département | Évolution des cambriolages entre 2024 et 2025 |
|---|---|
| Côtes-d'Armor | +48 % |
| Finistère | +17 % |
| Morbihan | +16 % |
| Ille-et-Vilaine | +10 % |
Le contraste avec le reste du pays est saisissant. Sur la même période :
- l'Île-de-France recule de 12 %
- Provence-Alpes-Côte d'Azur de près de 10 %,
- et Paris enregistre à lui seul une baisse de plus de 2 100 cambriolages.
Pour être tout à fait exact, trois régions d'outre-mer (la Guadeloupe, La Réunion et Mayotte) voient elles aussi leurs cambriolages augmenter partout, mais elles ne comptent qu'un seul département chacune. Parmi les régions composées de plusieurs départements, la Bretagne est donc bel et bien la seule dans ce cas.
Pas (encore) la région la plus exposée
Faut-il pour autant parler d'une Bretagne devenue dangereuse ? Non. Rapporté au nombre de logements, le niveau breton reste comparable à la moyenne nationale, autour de 5 cambriolages pour 1 000 logements. La région sort en réalité d'un long cycle où elle se situait nettement sous le reste du pays : c'est la fin de « l'exception bretonne », pas l'apparition d'un point noir. La dynamique, en revanche, est bien réelle : la Bretagne est le territoire qui se dégrade le plus vite, en partant d'un niveau historiquement bas.
Les forces de l'ordre invitent d'ailleurs à relativiser. Lors de la présentation du bilan départemental des Côtes-d'Armor en février dernier, le colonel Emmanuel Chanon, commandant du groupement de gendarmerie, l'a rappelé : il ne s'agit pas d'une délinquance de masse, mais d'un petit nombre d'individus très actifs.
Pourquoi la Bretagne ?
L'explication avancée par les autorités tient en trois points :
- une délinquance itinérante : parfois pilotée depuis l'étranger, elle est constituée d'équipes capables de commettre plusieurs dizaines de cambriolages en quelques mois.
- la géographie : dans le Finistère, le préfet relève que la hausse se concentre près des grands axes de circulation, ces équipes mobiles privilégiant les routes qui permettent d'entrer et de repartir vite.
- un report vers les résidences secondaires : nombreuses sur le littoral breton, et souvent vides plusieurs semaines d'affilée, elles constituent des cibles idéales.
Le tableau est cohérent avec une tendance nationale de fond : les cambriolages ont davantage tendance à quitter les grands centres urbains, désormais mieux protégés, pour se reporter vers des territoires périphériques jugés moins risqués et plus accessibles.
Les Côtes-d'Armor, un cas d'école
Aucun département n'illustre mieux ce basculement que les Côtes-d'Armor, qui signent la plus forte hausse de France : de 1 267 à 1 881 cambriolages de logements en un an, soit +48 %. Et l'analyse commune par commune réserve une surprise.
Plus de la moitié de cette hausse ne vient pas des villes, mais d'une multitude de petites communes rurales, où le nombre de faits par commune a presque doublé en un an. La vague ne s'est pas concentrée : elle s'est diffusée dans tout le maillage rural.
L'autre moitié dessine un épicentre très net. Les communes qui progressent le plus se massent autour de l'agglomération de Saint-Brieuc (Ploufragan, Trégueux, Langueux, Pordic) et le long de la RN12, où Lamballe bondit de 33 à 74 cambriolages et Saint-Brieuc de 92 à 122.
La carte du risque épouse les grands axes routiers : une confirmation, à l'échelle de la rue, de ce que décrivent les enquêteurs. Le phénomène, qualifié de « sériel » par Julien Wattebled, procureur de la République de Saint-Brieuc, est désormais suivi par un magistrat dédié, avec des interpellations recherchées le plus tôt possible.
Bourgogne et Grand Est suivent le même chemin
La Bretagne n'est pas un cas isolé, mais la pointe d'un mouvement. Juste derrière elle, la Bourgogne-Franche-Comté (+13 %) et le Grand Est (+10 %) sont les régions qui progressent le plus. Comme la Bretagne, elles sont toutes les deux situées loin des grandes métropoles qui, elles, voient les cambriolages refluer.
De quoi conforter l'hypothèse d'un déplacement de la délinquance des villes denses vers une France plus périphérique, faite de villes moyennes et de campagnes. Or ce sont justement ces territoires, plus éloignés des forces de l'ordre qu'un centre-ville, où la télésurveillance et les alarmes connectées prennent tout leur sens face à des cambrioleurs qui misent sur la rapidité.
Pour les habitants concernés, et en particulier les propriétaires de maisons isolées ou de résidences secondaires, les autorités appelent à la vigilance : signaler les absences prolongées, soigner la fermeture des accès et s'appuyer sur les dispositifs de prévention proposés par la gendarmerie.
Et pour ceux qui souhaitent une protection plus active, l'installation d'une alarme connectée ou d'un système de télésurveillance reste l'un des moyens les plus dissuasifs face à des cambrioleurs qui renoncent le plus souvent dès qu'une intrusion est détectée.